
Tech • IA • Crypto
La nouvelle blockchain de Robinhood génère une activité initiale massive, mais la majeure partie du volume provient de meme coins spéculatifs plutôt que de sa promesse centrale d’actions tokenisées.
Robinhood a lancé son propre réseau blockchain, se positionnant aux côtés d’entreprises comme Coinbase, Stripe et d’autres qui développent une infrastructure crypto propriétaire. La plateforme s’appuie sur les technologies Ethereum et Arbitrum tout en visant un déploiement mondial dans plus de 120 pays, bien que des marchés clés comme les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada soient exclus. Avec 28 millions d’utilisateurs actifs, l’entreprise atteint une échelle que peu de concurrents peuvent égaler.
Le réseau est conçu pour prendre en charge des actions et ETF tokenisés, ainsi que des services de finance décentralisée comme le prêt et l’emprunt. Des partenariats avec des protocoles tels que Morpho permettent des rendements allant jusqu’à 7 %, tandis que des intégrations avec des agents d’IA visent à automatiser les actions financières directement depuis les comptes utilisateurs. La stratégie reflète une vision de l’évolution de la finance sur les 6 à 24 prochains mois.
Plutôt que de tout développer en interne, Robinhood s’appuie sur des acteurs établis de la DeFi. Uniswap fournit la liquidité, Morpho gère les prêts, 1inch optimise les prix et Chainlink fournit les données d’oracle. Des fournisseurs d’infrastructure comme Alchemy et des dépositaires comme BitGo sont également intégrés. Le rôle de Robinhood se concentre sur trois piliers: la blockchain, le wallet et sa base d’utilisateurs.
L’activité initiale est marquante. Le réseau a enregistré jusqu’à 1 milliard de dollars de volume quotidien et près de 5 milliards sur une semaine, avec 176 millions de dollars de valeur totale verrouillée et plus de 300 millions en stablecoins. Les frais de transaction ont atteint 4 à 5 millions de dollars sur de courtes périodes, dépassant largement de nombreux réseaux layer-2 concurrents.
Malgré son statut de fonctionnalité phare, les actions tokenisées ne représentent qu’environ 13 millions de dollars, soit moins de 1 % du volume total. Environ 65 000 utilisateurs participent à ce segment, indiquant une adoption encore limitée. Cet écart souligne un décalage entre l’objectif affiché de la plateforme et son usage réel.
La majorité des échanges est portée par des tokens spéculatifs créés via des plateformes similaires à pump.fun, notamment Noxa.fun. Un token majeur, Cash4, a généré environ 10 millions de dollars de frais, éclipsant les 50 000 dollars issus de services financiers plus traditionnels comme le prêt. Cela révèle une forte orientation vers la spéculation à court terme.
Les données montrent une division entre les utilisateurs cherchant des gains rapides via le trading à haute fréquence et ceux qui déposent des actifs pour générer du rendement. Par exemple, près de 85 millions de dollars de fonds verrouillés se trouvent dans Morpho, indiquant une demande réelle pour les services de prêt malgré le bruit spéculatif.
Les frais de transaction générés sur le réseau sont redistribués aux applications participantes plutôt que captés par Robinhood. L’entreprise semble privilégier l’attraction de liquidité et d’utilisateurs, positionnant la blockchain comme une infrastructure fondamentale plutôt qu’une source immédiate de profit.
Le lancement a temporairement redirigé l’activité depuis d’autres écosystèmes, dont Solana, qui a connu un ralentissement d’environ 40 % dans certains segments. La capacité de Robinhood à capter l’attention a également contribué à raviver l’intérêt pour les marchés crypto durant une période auparavant calme.
La création facile de tokens accroît les risques de liquidité, certains actifs pouvant être difficiles à vendre malgré des valorisations élevées affichées. De plus, la spéculation autour de potentiels airdrops n’a aucune confirmation officielle. Les actions tokenisées comportent aussi des contraintes, notamment une retenue à la source de 30 % sur les dividendes et des droits d’actionnaire limités.
Les tendances historiques montrent que les vagues liées aux meme coins peuvent s’essouffler rapidement. Robinhood en a déjà profité, avec Dogecoin représentant 60 % de ses revenus crypto en 2021. La question clé est de savoir si l’activité actuelle peut se transformer en une adoption durable fondée sur l’utilité.
Le lancement de la blockchain de Robinhood montre une forte traction initiale, mais largement portée par la spéculation. Son succès à long terme dépendra de sa capacité à convertir cet engouement en adoption durable des actifs tokenisés et des services financiers décentralisés.