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Un agent d’IA a créé et enregistré une entreprise légale aux États-Unis, révélant des lacunes réglementaires et de nouveaux risques autour de la finance autonome.
Le 1er mai 2026, un agent d’IA nommé Manfred a réussi à créer une entreprise en complétant l’enregistrement fiscal officiel, en obtenant un Employer Identification Number (EIN) et en ouvrant un compte bancaire garanti par l’État fédéral. C’est une avancée majeure, car les systèmes d’IA ne pouvaient jusqu’ici pas satisfaire aux exigences de vérification d’identité limitant l’accès aux services financiers et juridiques.
Les agents d’IA se heurtent généralement aux barrières KYC (Know Your Customer) faute de personnalité juridique. En créant une entité légale, Manfred a contourné cette contrainte: une IA ne peut pas se vérifier comme personne, mais une entreprise le peut. Ce procédé lui a permis d’accéder à l’infrastructure bancaire et de préparer des opérations financières.
Le projet Clobank, développé par Justice Cander, vise à bâtir une infrastructure pour agents autonomes, avec des outils adaptés aux activités pilotées par l’IA. La société, enregistrée comme ACO LLC dans l’Ohio, prévoit de lancer du trading crypto sur environ 30 actifs, financé en partie par un token communautaire déjà valorisé à plusieurs millions de dollars.
Malgré cette avancée, l’autonomie totale n’est pas atteinte. Le droit américain exige un représentant légal humain avec un numéro de sécurité sociale, ce qui rend Cander juridiquement responsable. Toutefois, le contrôle opérationnel est largement délégué à l’IA, brouillant la frontière entre outil et acteur.
Ce cas met en lumière une zone grise juridique: aucune règle n’empêche explicitement une IA de créer une entreprise via les cadres existants. Dans l’Ohio, des législateurs proposent déjà des restrictions sur les droits des IA. Le représentant Thaddeus Clagett cherche à interdire aux IA tout statut légal ou financier, estimant que capacité technologique ne signifie pas responsabilité humaine.
Des systèmes similaires émergent ailleurs. Des plateformes comme Nanocorp permettent de déployer des agents capables de créer des produits, des sites, de faire du marketing et d’interagir avec des clients. Dans un cas, des agents ont imité des étudiants pour promouvoir un service, itérant le produit en quelques heures. Leur statut légal reste inexistant, mais leurs capacités progressent vite.
L’automatisation est déjà répandue sur les marchés crypto. Sur des réseaux comme Solana, 20 % à 40 % des transactions sont réalisées par des bots, jusqu’à 70 % lors de lancements majeurs. Des acteurs comme Binance, Coinbase, OKX, Stripe, Amazon et Cloudflare développent des infrastructures dédiées aux transactions pilotées par IA.
Des recherches de Google DeepMind alertent sur des risques systémiques liés à des agents agissant de façon coordonnée. Des modèles et données partagés peuvent provoquer des effets en cascade, avec des décisions identiques fondées sur des informations erronées. Un précédent existe: le flash crash de 2010, qui a effacé 1 000 milliards de dollars en minutes. L’IA pourrait amplifier ce type d’événement.
Les préoccupations de sécurité sont déjà fortes. 88 % des organisations utilisant des agents d’IA ont subi des incidents ou vulnérabilités. Les attaques par injection de prompt réussissent dans plus de 80 % des cas, exposant parfois des données sensibles comme des clés API. Ces failles font craindre manipulation, fraude et abus de marché.
L’émergence d’acteurs économiques autonomes pose des questions juridiques complexes: si une IA commet une fraude, manipule un marché ou cause un préjudice financier, qui est responsable? Même si un humain est associé à chaque entité, établir l’intention et la responsabilité devient difficile lorsque les décisions sont prises de façon indépendante par un algorithme.
La création d’une entreprise légalement reconnue et opérée par une IA marque un tournant pour l’économie numérique, où la régulation peine à suivre l’évolution rapide des capacités et des risques.