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Saint-Gobain accélère sa transition vers la construction durable, en combinant d’importants changements de portefeuille, une gestion décentralisée et l’innovation industrielle bas carbone, alors que l’Europe subit une pression croissante pour aller plus vite sur la compétitivité et les finances publiques.
L’Europe est décrite comme ayant besoin de décisions plus rapides et d’une vision de plus long terme, tandis que de grandes puissances comme la Chine, l’Inde et les États-Unis avancent vite. En France, la hausse du coût du service de la dette devient un signal d’alerte: les dépenses publiques d’intérêts devraient dépasser les budgets de l’éducation ou de la justice, ce qui souligne la nécessité de changements structurels.
Saint-Gobain, fondé en 1665 sous Louis XIV sous le nom de Manufacture royale des glaces, est présenté comme la plus ancienne entreprise du CAC 40 et peut-être l’une des plus anciennes d’Europe. Le groupe a commencé par produire des miroirs pour rivaliser avec Murano, s’appuyant d’abord sur des ouvriers italiens, puis sur des verriers normands, avant de s’implanter dans le village de Saint-Gobain.
Depuis 2018, l’entreprise a profondément revu une grande partie de ses activités. Plus de 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires ont été cédés via des métiers quittés, tandis que les acquisitions ont ajouté entre 7 et 8 milliards d’euros de revenus. Sur environ 40 milliards d’euros de ventes en 2018, la direction estime qu’environ 40 % de l’activité a été renouvelée. Ces mouvements stratégiques ont mûri pendant deux à six ans avant d’être exécutés rapidement.
Le groupe se définit désormais comme un leader mondial de la construction durable, fabriquant et distribuant des matériaux et des services pour des bâtiments plus légers, plus sobres en ressources, favorisant l’économie circulaire et le confort des occupants. Ses produits couvrent les plaques de plâtre, l’isolation, le verre, les toitures, les façades, les cloisons, les sols, les fenêtres et les solutions d’infrastructure pour les logements, écoles, hôpitaux, hôtels, bureaux, tunnels et aéroports.
Saint-Gobain est présent dans 80 pays, emploie environ 160 000 personnes et réalise près de 50 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel, pour environ 3,3 milliards d’euros de bénéfice net. Parmi ses marques clés figurent Isover et Placoplatre, tandis que les produits verriers portent toujours le nom Saint-Gobain. L’entreprise indique que son cours de Bourse a triplé ces dernières années et qu’elle a enregistré la meilleure performance cumulée du CAC 40 sur 2023 et 2024.
Il y a six ans, le groupe a abandonné une structure mondiale par lignes de produits pour se réorganiser autour d’un pilotage national. Dans environ 90 % des cas, le responsable de chaque activité pays est désormais un ressortissant local plutôt qu’un dirigeant français. La direction affirme que ce modèle repose sur la confiance, l’autonomisation et la collaboration, afin de prendre des décisions plus vite et au plus près des marchés locaux.
L’entreprise affirme que 75 % de son offre répond désormais à ses critères de construction durable. Elle revendique plusieurs premières mondiales, dont une production de verre plat zéro carbone utilisant 100 % de matière recyclée et 100 % de biogaz, suivie d’une offre commerciale bas carbone avec des émissions réduites de 40 %. Elle a aussi lancé des plaques de plâtre 100 % recyclées et électrifié la production de plaques de plâtre en Norvège et au Canada grâce à l’hydroélectricité.
Le recyclage est au cœur de l’économie de la décarbonation. Dans la verrerie, le calcin recyclé évite de repartir du sable brut et peut permettre d’économiser environ 1,5 fois l’énergie autrement nécessaire. Le groupe indique qu’environ 18 % de ses matières premières sont déjà issues du recyclage, ce qui favorise à la fois des émissions plus faibles et des prix compétitifs.
Le groupe a fortement investi dans les données industrielles et estime que l’intelligence artificielle doit devenir un levier majeur en raison de l’ampleur de ses données opérationnelles. Il utilise déjà plus de 2 000 robots dans ses usines en Europe et en Asie, ce qui laisse penser que l’automatisation et le pilotage des procédés par la donnée joueront un rôle croissant dans la productivité et le développement produit.
Malgré le débat sur l’opportunité pour les grandes entreprises européennes de se coter ailleurs, Saint-Gobain affirme pouvoir attirer des investisseurs internationaux tout en restant coté en Europe. Les actionnaires américains représentent désormais environ 28 % de son capital, soit à peu près le double du niveau précédent. L’entreprise soutient qu’une forte performance opérationnelle en Amérique du Nord et dans d’autres régions suffit à élargir sa base d’investisseurs sans déplacer sa cotation principale.
Saint-Gobain met à profit sa taille, sa base industrielle et sa longue histoire pour se repositionner autour de la construction bas carbone et d’une exécution plus rapide. Le défi plus large reste de savoir si les grands groupes européens et les décideurs publics peuvent suivre ce rythme dans un environnement mondial de plus en plus concurrentiel.
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