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Les bots automatisés génèrent désormais la majorité du trafic web, transformant le fonctionnement d’internet, la monétisation des contenus et la question de savoir pour qui—ou quoi—le web est conçu.
Cloudflare indique que les bots automatisés représentent environ 57 % des requêtes web, contre 43 % pour les humains. C’est la première fois que les machines dominent le trafic, même si cela reste largement invisible pour les utilisateurs. Cette hausse reflète surtout des processus en arrière-plan, tandis que l’activité humaine domine encore le temps passé en ligne.
La transition est survenue plus tôt que prévu, portée par l’essor de bots avancés alimentés par l’IA. Ces systèmes évoluent vite et fonctionnent en continu, accélérant une tendance attendue plutôt vers 2027. Cela marque une transformation structurelle de l’accès et de l’usage d’internet.
Le modèle classique—des créateurs attirant des visiteurs via les moteurs de recherche—s’affaiblit. Les réponses générées par l’IA remplacent de plus en plus les liens, réduisant les visites. Les utilisateurs ne cliquent vers des sites que dans 8 % des cas lorsqu’un résumé IA est présent, contre presque le double sans.
L’impact est mesurable. Les redirections Google vers plus de 2 500 sites d’actualités ont chuté d’environ un tiers en un an. Business Insider a vu son trafic de recherche diminuer de plus de moitié, entraînant des licenciements, tandis que Chegg rapporte une baisse de 49 % du trafic non abonné.
Les tribunaux commencent à contester le statut légal des réponses générées par IA. Une décision à Munich a estimé que ces résumés peuvent constituer des déclarations propres à la plateforme, rendant des entreprises comme Google potentiellement responsables des erreurs. Cela rapproche ces outils du statut d’éditeurs.
En réponse, des entreprises instaurent des mécanismes pour faire payer l’accès aux systèmes d’IA. Cloudflare a relancé le code HTTP 402 “Payment Required”, permettant aux sites d’exiger un paiement des crawlers IA. Beaucoup bloquent désormais ces bots par défaut, privilégiant la monétisation des machines.
Des agents capables de naviguer, acheter et accomplir des tâches gagnent du terrain. Ils peuvent visiter des milliers de sites en quelques secondes, générant du trafic sans comportements classiques comme voir des pubs. Des partenariats avec Visa leur permettent d’effectuer des transactions directement.
Les agents modernes imitent les comportements humains, compliquant leur détection. Contrairement aux anciens bots, ils utilisent des navigateurs standards et présentent des différences subtiles, comme des mouvements de curseur plus fluides. Les outils avancés les détectent, mais les systèmes classiques en ratent beaucoup.
Les mêmes technologies favorisent aussi des abus. Les deepfakes générés par IA ciblent de plus en plus des mineurs, avec environ 1,2 million d’enfants touchés en un an dans plusieurs pays. Les autorités soulignent que les dommages psychologiques sont bien réels.
Internet ne rétrécit pas, il évolue vers un écosystème dominé par les machines, où l’automatisation redéfinit l’accès, l’interaction et la valeur, soulevant des enjeux économiques, juridiques et éthiques majeurs.