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Le rôle croissant de Palantir dans les systèmes de données du gouvernement américain et les contrats de défense met en évidence un basculement plus large vers une « gouvernance technologique » centralisée, en contraste avec le modèle décentralisé de Bitcoin.
En avril, Palantir a publié un message largement diffusé présentant 22 points idéologiques attribués au PDG Alex Karp, dont des affirmations selon lesquelles certaines cultures seraient « régressives » et un rejet du « pluralisme vide ». Les critiques y ont vu une entreprise privée cherchant à influencer les normes culturelles et politiques aux États-Unis.
Fondée en 2003 par Peter Thiel et Alex Karp, Palantir a bénéficié d’un soutien initial de In-Q-Tel, le fonds d’investissement de la CIA. L’entreprise est depuis devenue un contractant majeur du gouvernement, avec plus de la moitié de ses revenus désormais liés au secteur public américain.
En 2025, le Pentagone a regroupé 75 accords distincts en un contrat-cadre unique pouvant atteindre 10 milliards de dollars sur 10 ans, le plus important contrat logiciel de l’histoire militaire américaine. Le système Maven de Palantir, utilisé pour l’analyse des données de combat et le ciblage, a été élevé au rang de « Program of Record », signalant une intégration durable dans les opérations militaires.
Au-delà de la défense, Palantir a obtenu un contrat de 30 millions de dollars avec ICE pour développer « ImmigrationOS », une plateforme visant à intégrer les données migratoires. Des rapports indiquent des ambitions plus larges de relier les bases de données entre agences, y compris les impôts, la santé, la sécurité sociale et les données biométriques, brisant ainsi les silos administratifs de longue date.
Les critiques estiment que ce modèle reflète un glissement vers ce que l’économiste Yanis Varoufakis appelle le « technoféodalisme », où les entreprises privées tirent leur pouvoir du contrôle des données comportementales plutôt que de la production traditionnelle, et agissent de plus en plus comme des extensions de l’État plutôt que comme des acteurs de marché indépendants.
Thiel, autrefois fervent libertarien et défenseur de la finance décentralisée via PayPal, a ensuite exprimé son scepticisme quant à la compatibilité entre démocratie et liberté économique. Son essai de 2009 plaidait pour explorer des alternatives aux systèmes politiques, marquant un tournant philosophique parallèle à son implication dans des technologies alignées sur l’État via Palantir.
En janvier 2009, Satoshi Nakamoto a lancé Bitcoin, un réseau financier décentralisé conçu pour fonctionner sans contrôle gouvernemental ni institutionnel. Son architecture permet des transactions de pair à pair sans intermédiaires, le rendant structurellement résistant à une supervision centralisée.
Bien que les transactions Bitcoin soient publiquement traçables et puissent être contrôlées si elles sont détenues sur des plateformes centralisées, les actifs en auto-conservation restent hors de saisie administrative directe. Cela le distingue des systèmes financiers traditionnels et des infrastructures de données accessibles ou régulées par des autorités centralisées.
L’essor parallèle de l’infrastructure de données centralisée de Palantir et du réseau décentralisé de Bitcoin met en lumière une tension fondamentale entre pouvoir technologique aligné sur l’État et autonomie financière individuelle.