
Tech • IA • Robotique
Julien Vellementand, radio-oncologue à Montpellier, utilise la robotique et l’intelligence artificielle pour rendre la prise en charge du cancer plus humaine, en particulier pour les enfants qui suivent une radiothérapie.
Julien Vellementand travaille en radio-oncologie à l’Institut du cancer de Montpellier et au centre de radiothérapie Onkodoc. Il a choisi cette spécialité en partie parce que la radiothérapie s’appuie depuis longtemps sur une informatique lourde, l’imagerie, le traitement des données et des machines très techniques. Selon lui, ce domaine est ainsi naturellement devenu l’un des premiers secteurs médicaux où l’IA a pu être intégrée à la pratique courante.
Vellementand fait remonter son intérêt pour la technologie à sa petite enfance, lorsqu’il a reçu un ordinateur à l’âge de 6 ans et a commencé à démonter des machines. Il décrit ce parcours non comme un virage soudain de la médecine vers la technologie, mais comme une trajectoire continue vers une spécialité qui associe soin des patients et équipements de pointe. Il rejette l’idée que la rigueur technique impose une pratique froide ou impersonnelle, estimant que la médecine peut être sérieuse sans être austère.
La radiothérapie pédiatrique place les enfants dans une situation particulièrement difficile. Les séances durent généralement environ 10 minutes par jour, du lundi au vendredi, pendant un à deux mois, dans une salle de traitement blindée avec d’épais murs de béton et de plomb. Contrairement à la chirurgie ou à la chimiothérapie, où les parents peuvent souvent rester à proximité, la radiothérapie oblige les enfants à rester seuls dans la pièce pendant que les adultes surveillent depuis l’extérieur en raison de l’exposition aux rayonnements.
Le tournant est venu lors de la prise en charge d’une fillette de 5 ans soumise à un traitement particulièrement éprouvant d’une heure par jour pendant deux mois. Malgré toutes les tentatives pour la rassurer, y compris les voix de sa famille diffusées par interphone, elle pleurait à chaque séance. Cette expérience a convaincu Vellementand que les outils existants ne suffisaient pas pour certains enfants et qu’une nouvelle forme de soutien était nécessaire.
Lors d’un voyage au Japon, Vellementand a vu un petit robot lui tendre une serviette avec un sourire après son arrivée sous la pluie. Cette rencontre a fait naître l’idée qu’un robot pourrait entrer dans des espaces inaccessibles aux humains, notamment les salles de radiothérapie, tout en apportant un réconfort émotionnel. Après avoir abandonné l’idée d’en construire un seul et jugé le développement académique beaucoup trop coûteux — environ 5 millions d’euros et cinq ans de travail —, il a contacté l’équipe française à l’origine de Miroki, développé ensuite aussi sous le nom de Miroka.
Vellementand affirme avoir été le premier au monde à intégrer Miroki dans cet usage médical. Conçu à l’origine pour la logistique sociale plutôt que pour le soin direct, le robot repose sur la communication non verbale, avec notamment des oreilles mobiles, des expressions faciales et une présence visuelle rassurante. Cette conception l’a rendu adapté pour accompagner les enfants dans un environnement angoissant sans remplacer le personnel médical ni les parents.
Le robot fait désormais partie intégrante de la prise en charge pédiatrique standard à Montpellier pour les enfants recevant une radiothérapie. Vellementand souhaite désormais étendre ce modèle à l’international, rappelant qu’environ 400 000 enfants développent un cancer chaque année dans le monde et qu’environ un tiers auront besoin d’une radiothérapie. Il est actuellement en discussion avec des centres en France, aux États-Unis, au Québec et au Japon, et présente le projet dans de grands congrès professionnels, notamment à Boston.
Le projet s’est d’abord heurté à des résistances de la part de la direction hospitalière, en particulier avant que l’IA générative ne devienne un sujet largement débattu. L’approbation a nécessité une feuille de route détaillée, des preuves d’utilité et un financement pour le robot lui-même. Le soutien financier est finalement venu d’une collecte de fonds avec l’aide de la mère d’un enfant, tandis que la collaboration avec le fabricant du robot est devenue un partenariat étroit plutôt qu’une simple relation fournisseur.
Vellementand estime qu’une grande partie de l’IA médicale actuelle est survendue, mais il s’attend à ce qu’elle devienne réellement transformatrice d’ici environ 10 ans, à mesure qu’elle convergera avec la biologie, la génomique, la robotique et d’autres outils. Il cite l’exemple de la classification des cancers: là où les cliniciens s’appuyaient autrefois sur de grandes catégories, ils utilisent désormais des sous-types biologiques de plus en plus détaillés, et la personnalisation future dépassera ce qu’un cerveau humain peut traiter seul. Dans un cas difficile, l’IA a permis d’identifier un diagnostic très rare bien plus vite que les cliniciens n’auraient probablement pu le faire sans aide.
Il estime que les études de médecine doivent être repensées pour une époque où l’accès brut au savoir n’est plus le principal avantage du médecin. Former un médecin pendant 12 ans sans intégrer pleinement l’IA, soutient-il, risque de préparer les étudiants à un monde déjà obsolète au moment où ils obtiennent leur diplôme. Il critique aussi la fragmentation des systèmes hospitaliers et affirme que les progrès resteront limités tant que les outils de santé ne seront pas interopérables.
Le travail de Vellementand montre comment la robotique et l’IA peuvent servir non seulement à optimiser les soins, mais aussi à réduire la souffrance dans certains des moments les plus difficiles de la médecine. Le défi, désormais, est de savoir si les systèmes de santé pourront généraliser ces avancées assez vite grâce au financement, à l’interopérabilité et à la formation.
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