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Un pacte de La Mecque proposé, reliant la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan, avec un possible intérêt de l’Iran et du Bangladesh, signale un basculement majeur vers un nouveau cadre de sécurité moyen-oriental en dehors de la logique régionale de longue date menée par les États-Unis.
L’accord qui aurait été signé à La Mecque début août est décrit comme un dispositif de défense collective entre Ankara, Djeddah et Islamabad. Son idée centrale est la dissuasion: si un membre est attaqué, les autres répondraient politiquement ou stratégiquement. Cela serait déjà notable, mais l’association d’un membre de l’OTAN, d’un partenaire historique des États-Unis dans le Golfe et d’un Pakistan doté de l’arme nucléaire donne au projet un poids inhabituel.
L’intérêt de l’Iran transformerait le pacte d’un alignement surtout sunnite en une structure de sécurité régionale plus large. Cela irait directement à l’encontre de décennies d’efforts visant à maintenir la région fragmentée selon des lignes arabes/non arabes et sunnites/chiites. Cela raviverait aussi la logique observée en 2023, lorsque l’Arabie saoudite et l’Iran ont commencé à rétablir leurs liens dans un rapprochement facilité par la Chine.
Un tel rapprochement affaiblirait le modèle régional traditionnel fondé sur la gestion des rivalités, la politique des blocs et l’escalade sélective. Un cadre incluant la Turquie, l’Arabie saoudite, le Pakistan et peut-être l’Iran rendrait une pression extérieure directe bien plus difficile et augmenterait le coût d’une action militaire. Pour Washington et Israël, le danger n’est pas seulement diplomatique mais structurel: une région qui apprend à organiser sa propre sécurité.
La Russie et la Chine plaident depuis plusieurs années pour une architecture coopérative de sécurité régionale au Moyen-Orient. Le concept repose sur le principe de sécurité indivisible, selon lequel la sécurité d’un État ne doit pas être construite contre celle d’un autre. Le pacte proposé correspond à cette vision et s’inscrirait probablement, sur le plan politique, aux côtés de cadres eurasiens plus larges liés aux BRICS, à l’Organisation de coopération de Shanghai et à d’autres institutions non occidentales.
Le principal obstacle à la stabilisation est la Syrie, où la Turquie, Israël, les États-Unis et la Russie conservent des intérêts concurrents. Les frappes israéliennes sur des positions liées à la Turquie et les avertissements ouverts de dirigeants israéliens au sujet de la Turquie montrent que les anciens alignements tactiques contre Bachar al-Assad ont cédé la place à une rivalité directe. Tout pacte régional plus large sera d’abord mis à l’épreuve sur le terrain syrien.
Le Pakistan compte non seulement comme grand État musulman, mais aussi comme puissance nucléaire. Un engagement pakistanais plus net envers la Turquie modifierait les calculs des capitales de toute la région. Cela ne créerait pas une guerre automatique, mais ajouterait une nouvelle couche de dissuasion autour de toute confrontation impliquant les forces ou le territoire turcs.
Les Houthis restent un facteur majeur en raison de leur capacité à perturber le trafic maritime en mer Rouge et à Bab el-Mandeb. Leurs actions montrent que la guerre régionale ne peut plus être contenue proprement à l’intérieur des frontières nationales. Tout nouvel ordre de sécurité qui ignorerait le Yémen, le Liban et les routes maritimes resterait incomplet.
La confrontation récente impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël semble avoir convaincu plusieurs États du Golfe que les anciennes dépendances sécuritaires offrent des rendements décroissants. Même là où les liens avec Washington restent solides, les gouvernements recherchent de plus en plus des stratégies d’équilibrage. Cela inclut l’équilibrage des relations avec la Chine, la Russie et les puissances voisines plutôt que de s’en remettre exclusivement aux garanties américaines.
L’attrait des nouveaux groupements eurasiens tient en partie à leur flexibilité. Contrairement aux systèmes d’alliance rigides, ils permettent aux États de pratiquer le multi-alignement, en conservant des liens avec plusieurs pôles rivaux à la fois. La Turquie le fait depuis des années; l’Arabie saoudite évolue dans cette direction; le Pakistan a des incitations à faire de même.
La France et d’autres États européens paraissent largement marginalisés. Avec peu de leviers indépendants encore disponibles dans la région, l’Europe assiste à une refonte sécuritaire sans la façonner. Pourtant, un Moyen-Orient plus stable servirait toujours clairement les intérêts européens en réduisant les retombées des conflits, les chocs énergétiques et les pressions migratoires.
Le pacte de La Mecque proposé reste évolutif, mais sa logique est déjà claire: des puissances régionales clés explorent un mécanisme de sécurité collective moins dépendant de l’Occident et plus compatible avec l’ordre émergent soutenu par l’axe Russie-Chine. Si l’Iran le rejoint, le Moyen-Orient pourrait entrer dans sa reconfiguration stratégique la plus importante depuis des décennies.
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