
Tech • IA • Crypto
Deux figures françaises des médias et des affaires expliquent comment l’instabilité en début de carrière, l’échec et une vision stratégique ont façonné des transitions réussies vers le journalisme et l’entrepreneuriat.
Ophélie Meunier a commencé à travailler comme mannequin enfant à l’âge de quatre ans, constituant un revenu régulier qui lui a ensuite permis d’acheter son premier appartement à 18 ans. À la fin de son adolescence, elle gagnait entre 10 000 € et 15 000 € par mois, un revenu élevé pour l’époque. La structure du secteur, avec des gains réglementés placés sur des comptes d’État jusqu’à la majorité, a favorisé une stabilité financière et des investissements précoces.
Malgré de bons revenus, le mannequinat est décrit comme imprévisible, avec des cycles de travail irréguliers et une forte dépendance aux castings. Meunier souligne que même les professionnels établis restaient incertains quant à leurs revenus futurs, ce qui l’a poussée à anticiper une sortie et à viser le journalisme comme carrière de long terme.
Après des années en freelance, Meunier explique que la signature de son premier CDI a été un tournant réduisant fortement son anxiété financière. Le passage d’un revenu auto-géré à un emploi stable a constitué un soulagement psychologique et pratique, mettant en évidence le contraste entre le travail indépendant proche de l’entrepreneuriat et les postes salariés traditionnels.
Carole Juge-Llewellyn a suivi une trajectoire différente, combinant université et comédie. Titulaire d’un doctorat et d’un poste de direction universitaire, elle menait en parallèle des activités au théâtre et à l’écran. Cette double carrière illustre des identités professionnelles chevauchantes avant un passage complet à l’entrepreneuriat.
Un grave accident d’équitation en 2015 a immobilisé Juge-Llewellyn pendant des mois, la poussant à lancer sa première startup. L’idée visait une plateforme sociale pour les mères, inspirée par l’isolement observé et une exposition précoce aux outils de réseautage de Facebook aux États-Unis.
Le premier projet a échoué, entraînant des difficultés financières, dont des restrictions bancaires. Cette période met en lumière les risques de l’entrepreneuriat et l’écart entre enthousiasme et exécution, surtout pour des fondatrices sans formation business préalable.
Juge-Llewellyn a ensuite fondé June, une marque grand public de produits d’hygiène pour femmes et bébés. L’entreprise dépasse 20 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, opère dans 25 pays et sert 200 000 familles. Sa stratégie de croissance privilégie la construction de marque plutôt qu’un produit unique, avec un portefeuille de 80 produits.
June emploie environ 50 personnes, avec la majorité des fonctions gérées en interne plutôt qu’externalisées. L’entreprise privilégie une vision long terme, planifiant sur plusieurs années tout en élargissant en continu son offre et ses marchés.
Juge-Llewellyn indique avoir levé entre 3 et 10 millions d’euros au fil des tours, tout en soulignant des obstacles systémiques pour les fondatrices. Elle évoque notamment une évaluation psychologique par des investisseurs, soulevant des questions de biais et d’exigences différenciées par rapport aux entrepreneurs masculins.
Les deux intervenantes insistent sur un état d’esprit de progression constante. Le succès est perçu comme temporaire, l’attention se portant aussitôt sur l’objectif suivant, à la fois moteur de croissance et source de pression.
Les deux collaboratrices ont cofondé Sphère 5, un projet média et de marque centré sur le dialogue, le débat et le lien social. Pensé au-delà d’une émission classique, il vise un écosystème englobant contenu, communauté et branding lifestyle.
Ces trajectoires montrent comment l’exposition précoce au risque, combinée à l’adaptabilité et à une vision long terme, peut transformer l’instabilité en réussite durable.