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Deezer redéfinit l’économie du streaming musical et la gouvernance de l’IA en priorisant la rémunération des artistes, en luttant contre la fraude et en étiquetant les contenus générés par IA, tout en intégrant prudemment les nouvelles technologies.
Depuis sa prise de fonction en septembre 2024, le PDG Alexis Lanternier a conduit Deezer à la rentabilité en 18 mois. L’entreprise, longtemps déficitaire à hauteur d’environ 60 millions d’euros par an, avait déjà réduit ses pertes avant d’atteindre une marge modeste d’environ 2 %. Ce redressement s’appuie sur environ 530 employés, majoritairement à Paris, et une forte culture interne centrée sur la musique.
Fondée en 2007, Deezer est un rare succès européen dans la tech grand public, face à des géants comme Spotify, Apple et Amazon. Malgré une taille plus réduite, l’entreprise conserve une base d’utilisateurs fidèle et continue d’investir fortement dans ses technologies propriétaires tout en restant compétitive.
Deezer évolue vers un système de paiement centré sur l’utilisateur, où l’abonnement de chaque utilisateur est directement reversé aux artistes qu’il écoute. Cela s’oppose au modèle centré sur le marché, où les revenus sont mutualisés puis répartis selon le volume total d’écoutes, favorisant souvent les artistes les plus populaires.
La plateforme exclut de la monétisation les contenus non musicaux comme les bruits ambiants et lutte activement contre la fraude. Jusqu’à 8 % des écoutes peuvent être frauduleuses, via des bots ou des manipulations. Leur suppression permet de réorienter les revenus vers les artistes légitimes et d’améliorer l’équité globale.
Deezer a mis en place un système pour détecter et étiqueter les morceaux générés par IA, une initiative unique dans l’industrie. Les morceaux entièrement générés par IA sont exclus des recommandations algorithmiques mais restent accessibles. La précision est élevée, avec un taux de faux positifs d’environ 0,01 %, et l’étiquetage ne s’applique que lorsque l’usage de l’IA est significatif.
L’entreprise distingue les contenus nuisibles, qualifiés de « AI slop » — morceaux produits en masse et de faible qualité souvent liés à la fraude — des usages créatifs légitimes. La musique assistée par IA impliquant une contribution humaine significative n’est pas pénalisée. Les restrictions actuelles sont décrites comme temporaires et adaptatives, et non idéologiques.
De nouvelles tactiques consistent à générer des milliers de morceaux IA avec peu d’écoutes chacun pour accumuler des revenus. Deezer cherche à limiter cela en réduisant leur exposition algorithmique et en promouvant des standards industriels contre les abus de production massive.
Deezer combine curation humaine et algorithmique, en offrant davantage de contrôle aux utilisateurs. Des fonctionnalités comme « Flow » s’adaptent aux habitudes et à l’humeur, tandis que des réglages permettent d’ajuster découverte, genres et préférences, équilibrant automatisation et personnalisation.
Environ 15 experts éditoriaux conçoivent des playlists et orientent la découverte musicale, en complément des algorithmes. Cette approche hybride vise à préserver la sensibilité artistique tout en exploitant les données.
Deezer souhaite aller au-delà de l’écoute passive vers une interaction plus forte entre artistes et fans. Des initiatives comme des événements exclusifs ou des accès dédiés reflètent cette stratégie, avec un usage de l’IA envisagé dans un cadre équitable.
Deezer se positionne comme un acteur équilibré de l’industrie musicale, défendant les artistes tout en intégrant prudemment l’IA pour construire un écosystème de streaming plus juste et durable.