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Une startup française utilise la détection par radiofréquence depuis l’espace pour suivre les navires qui désactivent volontairement leurs balises de localisation, révélant des activités maritimes illégales et clandestines.
Les navires peuvent disparaître des systèmes de suivi classiques en coupant leurs transpondeurs AIS, pourtant obligatoires pour beaucoup. Cela crée des zones aveugles sur de vastes étendues océaniques où des activités comme la pêche illégale, le contournement de sanctions et des opérations secrètes peuvent se dérouler sans être détectées.
Unseenlabs, une startup fondée en Bretagne, déploie de petits satellites équipés de capteurs radiofréquence plutôt que de caméras. Ces satellites détectent les émissions des équipements embarqués, ce qui permet de localiser et suivre les navires même lorsque les systèmes officiels sont désactivés.
Chaque navire émet des motifs radiofréquence distincts influencés par ses équipements, sa configuration et leur usure. En analysant ces signaux, le système peut différencier et suivre les navires sur plusieurs mois, attribuant à chacun une « empreinte » unique sans dépendre des données d’identité déclarées.
Contrairement aux méthodes classiques de triangulation nécessitant plusieurs satellites, l’entreprise a mis au point une technique de géolocalisation avec un seul satellite. Cela réduit les coûts et la complexité tout en permettant une couverture étendue de larges zones maritimes.
La détection RF fonctionne de jour comme de nuit et n’est pas affectée par la couverture nuageuse, contrairement à l’imagerie optique. Les satellites peuvent balayer d’immenses zones en un seul passage, ce qui les rend particulièrement efficaces pour une détection initiale avant confirmation par d’autres systèmes comme les satellites d’imagerie.
Les analyses ont identifié des navires présentant des schémas anormaux, notamment des trajectoires en boucle au-dessus de câbles sous-marins. Dans un cas, un navire suivi auparavant dans une autre région a montré un comportement similaire des mois plus tard près d’infrastructures critiques, suggérant une possible implication dans des perturbations de câbles.
La technologie a révélé une pêche illégale à l’échelle industrielle, où des navires désactivent leurs systèmes de suivi pour opérer dans des zones restreintes et transborder leurs prises en mer. Elle aide aussi à surveiller les « flottes fantômes » utilisées pour contourner les sanctions, notamment dans le commerce de ressources comme le pétrole.
Les clients incluent des gouvernements, des agences de défense et des entreprises privées comme S&P Global, qui exploitent ces données pour le renseignement maritime et l’analyse économique. Les usages vont de la protection de l’environnement à la surveillance des risques géopolitiques.
Une nouvelle génération de satellites plus grands, pesant 120–150 kg, vise à étendre la surveillance RF aux signaux terrestres. Les usages potentiels incluent la détection d’utilisations non autorisées du spectre et la cartographie des télécommunications à l’échelle de pays entiers quasi en temps réel.
En s’appuyant sur des satellites compacts et des lanceurs commerciaux, les missions peuvent être réalisées pour quelques millions d’euros. Les premiers lancements ont même impliqué le transport des satellites en bagage cabine avant leur intégration dans des fusées opérées par des entreprises comme Rocket Lab.
La détection radiofréquence depuis l’espace comble des lacunes majeures dans la surveillance maritime mondiale, offrant un outil puissant pour dévoiler les activités cachées et transformer la gestion et la régulation des océans.