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L’évolution d’OpenAI, passée d’un laboratoire à but non lucratif à un puissant conglomérat technologique, reflète un basculement plus large vers des entités privées assumant des rôles autrefois dévolus aux États.
Fondée en 2015 comme organisation à but non lucratif, OpenAI s’était engagée à développer l’intelligence artificielle au bénéfice de l’humanité via l’ouverture et la décentralisation. Une décennie plus tard, elle est valorisée à environ 500 milliards de dollars, avec Microsoft comme actionnaire majeur, et des opérations largement fermées. Cette transformation marque un net écart avec sa mission initiale de collaboration open source et d’infrastructure partagée.
Le PDG Sam Altman a suggéré que la technologie pourrait remplir des fonctions traditionnellement assurées par les États. Sa vision inclut des systèmes économiques pilotés par l’IA, un revenu de base universel et une coordination sociétale à grande échelle. Cette approche positionne l’IA non plus comme un simple outil, mais comme une couche fondamentale d’organisation des sociétés futures.
S’appuyant sur son passage chez Y Combinator, Altman semble appliquer le blitzscaling au-delà des produits, jusqu’à l’idéologie. En accélérant l’adoption de l’IA via des outils comme ChatGPT, OpenAI est devenue une porte d’entrée centrale pour les discussions mondiales sur l’intelligence, le travail et l’avenir. Cette domination crée une dépendance, renforçant son influence sur les normes émergentes.
Un réseau d’initiatives liées à Altman reproduit des fonctions étatiques. Worldcoin (WLD) vise une monnaie numérique mondiale liée à un revenu universel, tandis que World ID propose une identité biométrique via scan de l’iris. Les investissements dans Helion Energy (fusion) et Retro Biosciences (longévité) ciblent l’énergie et la santé, des secteurs historiquement liés à la souveraineté nationale.
OpenAI s’est étendue à des domaines liés à la défense, en nommant l’ancien directeur de la NSA Paul Nakasone à son conseil et en obtenant un contrat de 200 millions de dollars avec le département de la Défense des États-Unis. Parallèlement, Altman a plaidé pour une régulation forte de l’IA auprès de dirigeants mondiaux comme Emmanuel Macron et Narendra Modi, influençant potentiellement des règles favorisant quelques acteurs dominants.
Des changements structurels ont soulevé des inquiétudes sur la responsabilité. OpenAI est passée à un modèle hybride à but lucratif en 2019, puis s’est restructurée en public benefit corporation. La supervision interne s’est affaiblie après des conflits de direction, dont l’éviction brève d’Altman suivie de son retour, et le départ de chercheurs clés en sécurité alertant sur la baisse de priorité accordée à l’alignement.
Altman a avancé que l’IA pourrait générer d’immenses richesses et permettre des paiements annuels de 13 500 $ aux adultes américains via un « American Equity Fund ». Dans ce modèle, la puissance de calcul devient la ressource rare principale, pouvant dépasser l’argent en importance. Le contrôle de cette infrastructure pourrait redéfinir les hiérarchies économiques et politiques.
La trajectoire d’OpenAI montre comment des entreprises technologiques avancées peuvent rivaliser avec les États dans la structuration de l’économie, de l’identité et de la gouvernance, soulevant des questions clés sur le pouvoir et la responsabilité.